Vidéos et contenus sonores sur les réseaux sociaux : comment les rendre accessibles

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La vidéo est devenue le format dominant des réseaux sociaux. Reels, vidéos LinkedIn, YouTube Shorts, podcasts partagés sur Facebook : ces formats envahissent les fils d’actualité. Et ils excluent, par défaut, une part significative de votre audience.

Une vidéo sans sous-titres est inaccessible aux personnes sourdes et malentendantes. Elle est aussi inutilisable dans tous les contextes où le son ne peut pas être activé : transports, open space, réunion. Une vidéo dont les informations visuelles importantes ne sont pas décrites est inaccessible aux personnes aveugles. Un podcast sans transcription textuelle exclut les deux publics à la fois.

Ce n’est pas une situation inévitable. Chacune de ces alternatives peut être produite, et les outils pour y parvenir n’ont jamais été aussi accessibles.

Ce troisième article de notre série vous explique quelles adaptations prévoir, comment les produire, et comment les intégrer à vos publications selon les possibilités de chaque plateforme.


Quelles adaptations sont nécessaires pour une vidéo accessible ?

Rendre une vidéo accessible ne se résume pas à « ajouter des sous-titres ». Il existe trois types d’adaptations, chacune répondant à des besoins différents.

Les sous-titres

Les sous-titres retranscrivent à l’écrit les paroles et les sons importants d’une vidéo : dialogues, voix off, mais aussi bruits significatifs (« porte qui claque », « applaudissements ») et indications de locuteur lorsque plusieurs personnes parlent.

Ils sont indispensables pour les personnes sourdes et malentendantes. Ils bénéficient aussi à tous ceux qui regardent des vidéos sans le son, ce qui représente, selon plusieurs études, entre 69 % et 75 % des visionnages sur mobile.

La transcription textuelle

La transcription textuelle reprend l’intégralité du contenu sonore sous forme de texte : paroles, informations sonores, mais aussi, pour les vidéos, les informations visuelles importantes qui ne seraient pas compréhensibles sans la vue. Si un graphique apparaît à l’écran pendant une vidéo sans être décrit oralement, sa transcription doit en décrire le contenu.

Elle est essentielle pour les personnes sourdes-aveugles et pour ceux qui ne peuvent pas accéder à la vidéo elle-même. Elle permet aussi aux personnes qui l’ont regardée d’y revenir rapidement pour retrouver une information précise.

L’audiodescription

L’audiodescription est une piste audio supplémentaire qui décrit les informations visuelles importantes d’une vidéo dans les silences de la piste sonore principale. Elle est destinée aux personnes aveugles.

YouTube est actuellement la seule grande plateforme à tester la possibilité d’ajouter plusieurs pistes audio à une vidéo, ce qui permettrait d’intégrer une audiodescription. Cette fonctionnalité n’est pas encore disponible par défaut pour tous les utilisateurs. Pour les autres plateformes, l’audiodescription doit être intégrée directement dans la vidéo, ce qui implique une production spécifique.


Les sous-titres : comment les produire et les intégrer

Les sous-titres automatiques : une base, pas une solution

La plupart des grandes plateformes proposent aujourd’hui de générer des sous-titres automatiquement. C’est une avancée utile, mais ces sous-titres produits par intelligence artificielle contiennent des erreurs. Fautes d’orthographe, mots mal retranscrits, homonymes confondus, décalages temporels : une vidéo sous-titrée automatiquement sans vérification peut transmettre un message erroné.

La règle absolue : les sous-titres automatiques doivent toujours être vérifiés et corrigés avant ou après publication.

Au Luxembourg, cette vigilance est particulièrement importante pour les contenus en luxembourgeois. Les systèmes de reconnaissance vocale confondent fréquemment le luxembourgeois avec l’allemand, produisant des sous-titres fortement incorrects. L’outil LuxASR, développé par l’Université du Luxembourg, permet de générer des fichiers de sous-titres à partir d’une piste audio en luxembourgeois avec une meilleure précision. Ces fichiers peuvent ensuite être importés dans les plateformes de diffusion.

Ce que permettent les différentes plateformes

LinkedIn propose des sous-titres automatiques pour les vidéos importées depuis un ordinateur. Attention : la génération automatique native fonctionne principalement en anglais. LinkedIn permet également d’importer un fichier de sous-titres au format .srt, le format de référence pour les fichiers de sous-titres.

Instagram propose une fonctionnalité de sous-titres automatiques pour les vidéos, les Stories et les Reels, accessible via les « Stickers sous-titres » dans l’application mobile. Ces sous-titres doivent être vérifiés et corrigés avant publication. Depuis un ordinateur, il est possible d’activer les sous-titres automatiques via le volet « Accessibilité » lors de la création d’une publication, mais cette fonctionnalité peut se comporter différemment selon les mises à jour de la plateforme.

Facebook permet d’importer un fichier .srt pour chaque vidéo publiée, depuis l’option « Modifier la vidéo » puis « Télécharger les fichiers SRT ».

X (ex-Twitter) permet également l’import d’un fichier .srt après chargement de la vidéo.

YouTube offre la solution la plus complète : sous-titres automatiques modifiables dans YouTube Studio, import de fichier .srt, et affichage d’une transcription textuelle directement accessible depuis la page de la vidéo via le bouton « Afficher la transcription ». YouTube permet aussi d’ajouter des liens dans la description de la vidéo, ce qui facilite le renvoi vers une transcription plus complète hébergée sur votre site.

Fichier .srt : quand le produire soi-même ne suffit plus

Pour un contenu vidéo long ou récurrent, produire soi-même les sous-titres peut rapidement représenter un volume de travail important. Des prestataires spécialisés dans le sous-titrage ou la transcription peuvent prendre en charge cette tâche de manière professionnelle et fiable. Cette option est souvent plus économique qu’il n’y paraît, surtout en la comparant au coût d’un contenu qui exclut une partie de son audience.


La transcription textuelle : où la publier ?

Le problème général des réseaux sociaux

Aucun réseau social ne propose actuellement de fonctionnalité native pour fournir une transcription textuelle directement liée à une vidéo ou à un podcast, à l’exception de YouTube.

Cela ne signifie pas qu’il est impossible d’en proposer une. Cela signifie qu’il faut contourner les limites des plateformes.

Les solutions disponibles

Publier la transcription sur votre site web. La solution la plus robuste consiste à publier la transcription textuelle sur une page de votre site (article de blog, page de ressources, landing page dédiée) et à insérer le lien vers cette page dans votre publication sur le réseau social. Cette approche fonctionne sur toutes les plateformes et garantit que la transcription est accessible dans un environnement que vous contrôlez.

Utiliser un article LinkedIn. Le format « article » de LinkedIn permet de publier un texte long avec une mise en forme accessible : titres, paragraphes, listes. Il peut accueillir la transcription d’une vidéo ou d’un podcast partagé sur la même plateforme.

Instagram : le cas particulier. Instagram ne permet pas d’ajouter de lien cliquable dans les publications. Une solution consiste à placer le lien vers la transcription dans la biographie du compte ou dans les Stories à la une. Une alternative plus pratique : indiquer une URL courte dans le texte de la publication, que les utilisateurs peuvent saisir manuellement dans leur navigateur. Ce n’est pas idéal, mais c’est ce que les contraintes de la plateforme permettent.

Attention aux textes incrustés dans les vidéos

Si votre vidéo affiche du texte à l’écran (un titre, une statistique, une citation) et que ce texte n’est pas lu à voix haute dans la vidéo, il doit impérativement figurer dans la transcription textuelle. Les personnes aveugles n’ont pas accès à ces éléments visuels. Si vous ne les retranscrivez pas, elles reçoivent une version incomplète de votre message.

Exemple concret : une vidéo d’interview dans laquelle le nom et le titre de l’interviewé·e apparaissent à l’écran sous forme de texte incrusté, mais ne sont jamais mentionnés oralement, est inaccessible pour une personne aveugle. La transcription doit inclure : « [Texte à l’écran : Marie Dupont, directrice de l’ASBL Inclusion Luxembourg] ».


L’accessibilité des vidéos en 2025 : ce qui a évolué, ce qui reste à faire

Les progrès réels

Les outils de sous-titrage automatique se sont améliorés. La plupart des grandes plateformes proposent désormais une forme de sous-titrage natif. Les outils de transcription speech-to-text sont plus précis et moins coûteux qu’il y a cinq ans. Ces évolutions réduisent le temps de production nécessaire pour rendre une vidéo accessible.

Les lacunes persistantes

En 2025, aucune plateforme ne propose de fonctionnalité native pour les transcriptions textuelles liées aux vidéos, à l’exception de YouTube. L’audiodescription reste quasi absente des grands réseaux sociaux. Et les sous-titres automatiques, aussi performants soient-ils, continuent de nécessiter une vérification humaine avant publication.

Les personnes sourdes ou malentendantes restent donc dépendantes de la volonté des producteurs de contenu de fournir des alternatives. Cette volonté ne s’improvise pas : elle s’organise, se planifie, et s’apprend.

Intégrer l’accessibilité dans votre processus de production

Le point le plus souvent négligé est simple : le temps de mise en accessibilité doit être intégré dans le planning de production, pas traité comme une tâche supplémentaire après coup.

Si vous publiez une vidéo de 10 minutes, prévoyez une à deux heures pour la vérification et la correction des sous-titres. Si vous publiez régulièrement des podcasts, prévoyez la transcription dans votre budget de production. Si vous créez des vidéos avec des éléments graphiques ou des textes incrustés, prévoyez de les décrire dans la transcription.

Ce qui semble complexe la première fois devient méthodique avec la pratique, et encore plus efficace lorsque c’est toute une équipe qui partage les mêmes réflexes.


FAQ : vidéos et contenus sonores accessibles

Dois-je sous-titrer toutes mes vidéos sur les réseaux sociaux ?

Si votre organisation est soumise aux obligations légales d’accessibilité au Luxembourg (secteur public, ASBL financées majoritairement par des fonds publics, entreprises relevant de la loi de 2023), oui. Pour les autres, c’est fortement recommandé. Les sous-titres bénéficient non seulement aux personnes sourdes et malentendantes, mais à l’ensemble de vos spectateurs qui regardent des vidéos sans son.

Les sous-titres automatiques de LinkedIn ou Instagram sont-ils suffisants ?

Ils constituent une bonne base de travail, mais ils doivent être vérifiés et corrigés avant ou après publication. Leur précision varie selon la qualité audio, le débit de parole, et la langue utilisée. Pour les contenus en luxembourgeois, une vérification particulièrement attentive est nécessaire.

Qu’est-ce qu’un fichier .srt et comment en créer un ?

Un fichier .srt est un fichier texte qui contient les sous-titres d’une vidéo avec les codes de temps indiquant quand chaque texte doit apparaître. Il peut être créé manuellement avec un éditeur de texte, généré automatiquement par des outils de transcription (puis vérifié), ou produit par un prestataire spécialisé. La plupart des outils de sous-titrage en ligne exportent dans ce format.

Est-il possible de rendre accessibles des vidéos déjà publiées ?

Oui, sur la plupart des plateformes. LinkedIn, Facebook, YouTube et X permettent de modifier une vidéo publiée pour ajouter ou corriger des sous-titres. Sur Instagram, il est également possible de modifier le texte alternatif d’une publication après sa mise en ligne.

La transcription textuelle est-elle vraiment nécessaire en plus des sous-titres ?

Les sous-titres et la transcription textuelle ne remplissent pas exactement le même rôle. Les sous-titres sont synchronisés avec la vidéo et nécessitent de regarder la vidéo. La transcription est un document indépendant, navigable, permettant de chercher une information précise ou de consulter le contenu sans accéder à la vidéo. Elle est indispensable pour les personnes sourdes-aveugles et utile pour tous ceux qui souhaitent une version texte de votre contenu.

Mon équipe n’a pas le temps de produire des sous-titres. Que faire ?

Deux options : utiliser les sous-titres automatiques en les corrigeant (moins chronophage qu’une transcription de zéro), ou faire appel à un prestataire spécialisé pour les contenus à fort impact. Pour les contenus moins importants, un lien vers une transcription produite avec un outil de transcription automatique corrigée à la main reste préférable à rien du tout.


Références